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Nous nous situons aux alentours de mai 1558.
Il fait de plus en plus chaud les gens prennent plaisir à sortir dans les jardins.

Si vous souhaitez jouer un étranger, privilégiez les Espagnols et les Ecossais.
N'hésitez pas à regarder les PV et scénarii en priorité.

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MessageSujet: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeLun 22 Juil - 21:36
    Le soleil luisait faiblement sur les vaguelettes sombres de la Tamise. Un air frais, vivifiant, levait l'écume de l'eau et faisait frissonner les passants aux bords du fleuve. Ils resserraient leur vêtement autour de leur cou et accéléraient le pas, pressés d'aller se réchauffer près de l'âtre de leur cheminé. En face de ma toile, je ne bougeais pas d'un pouce et continuait de peindre, malgré mes doigts, sans gants, qui gelaient autour du pinceau. Autour de l'eau, déambulaient des oisillons frigorifiés, à la recherche de nourriture derrière lesquels des enfants crasseux et en haillons courraient en riant. Les bords nauséabonds de la Tamise n'était pas un lieu pour de nobles et des bourgeois. Ici se mêlaient pauvreté, haillons, crasse, relents d'égout et ricanements de marmots aux joues barbouillées de boue. Malgré cela, ils étaient charmants avec leurs fossettes, leurs yeux pétillants de malice et leurs cheveux en bataille. Je n'étais dérangée que par les bambins trop curieux qui venaient rôder autour de moi, intrigués par mes toiles aux couleurs claires. Je les invitais à approcher et ils contemplaient mes pastels d'un air dubitatif, ne reconnaissant probablement pas l'endroit représenté. Des vues de campagnes florentine et la ville des Médicis, resplendissante sous les rayons du soleil et dont les pavé couleur de blé mûr illuminait les quais sombres de Londres. Je voulais faire de mon tableau le petit astre éphémère de la Tamise. J'appréciais peindre en pleine rue, là où se mêlait la foule pressé et hurlante. J'aimais encore plus dessiner dans les endroits calmes et ruraux entourant la capitale. Mais ce que j'aimais par dessus-tout, c'était me fondre dans les lieux les plus inhospitaliers, là où aucun noble ne viendrait montrer le bout de ses bagues hors de prix et de ses fourrures d'hermine d'une blancheur immaculée. Quelquefois, j'en avais assez de représenter leur profil hautain, leurs joues rouges de bonne santé et leurs longs doigts blancs, horriblement propre et vierge de toute blessure. Avant ma vue de Florence, j'avais représenté quelques portraits d'enfants des rues, une Tamise sale et embourbée, des passants malingres et des vieillards cacochymes dont les côtes saillantes se laissaient deviner sous leur étoles trouées. Je me disais que si je n'avais pas trouvé mon emploi de femme de chambre au Majestic Rose, je serais peut-être celle à courir sur les bords puants du fleuve, à la recherche d'un endroit où me cacher, le ventre vide... Je réprimais un frisson et me re-concentrais sur ma peinture.

    Ce n'était pas un problème, pour moi, de représenter les choses sans avoir de modèle. J'avais tellement arpenté ma ville de naissance, de long et large, de haut en bas et de travers en biais, que j'en connaissais toutes les ruelles, tous les secrets et chaque pierre de chaque édifice. Les visages, les habitudes m'étaient connues et j'avais croquer tellement de portraits, de beaux, de laids, de vieux, de jeunes, de bons, de moins bons, de riches, de pauvres... Je ne comptais plus. Seuls certains m'avaient marquée. Qu'ils soient nobles ou mendiants. Ce n'était pas une chose à laquelle j'accordais de l'importance. Il n'y avait que l'âme, dans le fond. Peut importait l'apparence et son aisance terrestre.

    D'un dernier coup de pinceau appliqué et minutieux, je terminais ma toile, satisfaite. Je serais bien partie pour une autre où, cette fois, j'aurais laissé courir mon imagination mais il fallait maintenant que je me rende en cœur de la ville pour vendre mes quelques œuvres, si elles plaisaient aux passants. Ce qui n'était pas chose facile. Les anglais étaient souvent réticents à l'art italien. En particulier s'il venait d'une étrangère qui ressemblait à une petite pouilleuse. Je me redressais, lissait ma robe cousue et recousue et chargeais mes quelques dessins sur une caisse un bois que je portais sur mes épaules. D'un coup de tête, j'écartais les mèches folles de mon front et entrepris de me mettre en marche en retroussant mes jupes, sous le regard amusé des enfants qui ne devaient attendre qu'une chose. Que je me casse la figure. Je pris ça comme un défi. Je n'allais pas leur donner ce plaisir. Avec un sourire déterminé, je bondis, maladroitement ma foi, par dessus les flaques et rejoint la rue principale après m'être pris les pieds dans les escaliers de pierres.

    Quelques minutes plus tard, je me heurtais à la foule du centre de Londres et me faufilait entre les passants avec difficulté. J'écrasais des pieds ? On écrasait les miens. Je donnais des coups de coude ? J'en recevais également. J'avais l'impression d'avancer dans une marre de mélasse collante. Je réussis tout de même à trouver une zone de calme, sur une grande place sombre mais dégagée. Organisée, je disposais chacune de mes toiles autour de mon chevalet en bois. Sur celui-ci, je disposai ma pièce maîtresse, ma représentation de Florence.
    Pour attirer un peu l'attention, je me mis à fredonner l'hymne national italien. Je ne l'avais pas parlé depuis si longtemps ! Sentir les rythmes et les roulement suaves de ma langue natale dans ma gorge me firent presque sentir le soleil de mon pays.

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MessageSujet: Re: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeVen 26 Juil - 17:31

Fratelli d'Italia.
Si la journée ne promettait pas d’être chaude, au moins elle serait plus douce qu’à l’accoutumée, comme en témoignait le pâle Soleil qui perçait faiblement entre les nuages gris surmontant Londres. Une épaisse brume s’était levée, ce matin-là, et en voyant cela à son réveil, Lorenzaccio s’était immédiatement recouché, déprimé par le brouillard Londonien. Ce n’est que plusieurs heures plus tard qu’il avait accepté de sortir du lit, quand le temps s’était enfin montré plus clément. Il s’était toutefois habillé chaudement, enfilant un habit fait de velours violet foncé, brodé d’argent, ainsi qu’un épais manteau sombre bordé de fourrure, et de chauds gants doublés. Lorsqu’on venait d’une contrée où les hivers se montraient plutôt cléments, s’adapter au temps froid de Londres se révélait pour le moins ardu, ce qu’avait pu constater à loisir Lorenzaccio. Il serait bien resté près de la cheminée de sa chambre, au chaud, à lire toute la journée, mais il avait malheureusement à faire. On lui avait récemment dénoncé un soi-disant groupuscule de protestants, et bien que cela l’ennuyât fort, il se devait d’aller vérifier par lui même si les dires du mouchard s’avéraient justifiés. Dans le cas contraire, il passerait un sale quart d’heure : on ne dérangeait pas le rejeton Carafa pour rien, et il pouvait fort bien se montrer aussi cruel que son père.

C’est en pestant contre l’air frais et ces abrutis de huguenots qui ne pouvaient pas se tenir tranquilles, ainsi que contre le Pape,  ses stupides missions d’espionnages et la moitié des habitants de la Terre que l’Italien sortit du Palais, suivi par son homme de main, un adolescent chargé de rapporter ses moindres faits et gestes à son père. Il ne servait pas à grand chose, certes, mais au moins il était aisé de le semer, et Londres regorgeait d’assez de brutes pour que Lorenzaccio trouve quelqu’un en cas de sale besogne à accomplir. Il avait choisi de rejoindre le cœur de Londres à pieds, la foule étant si dense que monter à cheval se révélait hasardeux, voir impossible. Dans les rues sinueuses de la capitale, la boue était présente partout, on y pataugeait, on y glissait, on s’y salissait. Comme cette ville était grise ! Les couleurs éclatantes de la Toscane lui manquaient, tout comme les champs de blé de la campagne romaine, la mer de Salerne, Naples, bouillonante de vie, et les cheveux blonds des vénitiennes. Et l’art ! Les anglais n’y connaissaient décidément rien, les hollandais les ratrappaient tout juste. On aurait cru qu’ils sortaient à peine du Moyen-Âge, quand Florence, la magnifique, était entré dans la Renaissance la première.

A propos d’art, ses yeux s’arrêtèrent tout à coup sur une jeune fille qui vendait des toiles, à l’autre bout de la place sur laquelle il se toruvait. Pris de curiosité, l’italien s’arrêta. Une femme peintre, cela était pour le moins rare ! Quelques nobles peignaient, certes, parce qu’elle en avaient le temps, mais une femme du peuple peintre, il n’avait jamais vu ça. Arrivait-elle donc à vivre de son art ? Si c’était le cas, elle devait réellement être douée. Se détournant de son objectif premier, suivi par son petit chien de garde, Lorenzaccio s’approcha afin d’aller se rendre compte par lui même de son talent. Les Carafa étaient de grands collectionneurs et mécènes, tout comme son oncle, le doge de Venise, dont le palais était un joyau de peinture et de sculpture. Le jeune italien pouvait donc prétendre savoir reconnaître un véritable talent d’un amateur.

Mais lorsqu’il ne fut qu’à quelques pas du stand improvisé, la curiosité laissa placeà la surprise. Sur un chevalet en bois reposait une vue de Florence, il l’avait reconnue au premier coup d’oeil. On y voyait le dôme de Santa Maria dei Fiore, ainsi que son campanile, le beffroi du Palazzo Vecchio, les toits de la ville, et un chaud soleil éclairait la scène. Il pouvait même dire d’où la vue avait été peinte, depuis la colline que l’église San Miniato al Monte surmontait. De là haut, on pouvait apercevoir toute la cité, Lorenzaccio y avait souvent passé plusieurs heures, bien souvent en charmante compagnie. Le tableau rendait tout à la perfection, à tel point qu’il pouvait presque sentir le Soleil brûlant et sec de Toscane sur sa peau. Il se tourna vers la jeune peintre. Une question demeurait en suspend : où avait-elle trouvé le modèle ? Dans un livre ? Impossible, les livres avec des illustrations étaient rares, et seuls les nobles en possédaient. Se pourrait-il qu’elle ait vu ce paysage de ses propres yeux ?

Lorenzaccio la détailla du coin de l’oeil. Menue, habillée d’une robe qui avait du être mainte fois reprise, elle possédait tout de même un visage angélique, aux traits fins et empreints de douceur. Elle n’était pas assez vêtue pour la saison, comme la plupart des autres passants, et avait sûrement froid, à piétiner comme ça dans les courants d’air. Depuis quelques minutes déjà, elle fredonnait une chanson qu’il connaissait, il en était certain. Il ne parvenait pas à en distinguer les paroles, mais l’air lui disait quelque chose, il lui était même familier, et les sonorités, italiennes, sans aucun doute.

- Excusez-moi, mais où avez-vous appris cette chanson ?

La question avait été posée dans sa langue maternelle : après tout, il se pouvait peut-être que la jeune fille provienne des mêmes contrées que lui.






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MessageSujet: Re: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeVen 26 Juil - 23:45
    On ne pouvait pas dire que rester debout, en plein milieu du glacial automne londonien, à vendre ses toiles était une partie de plaisir. Surtout lorsque les passants ne vous accordaient même pas un regard (ou, dans le pire des cas, un coup d'œil dédaigneux) et que vous portiez un vieux châle troué par les mites et abîmé par l'usure. Ah, ces Anglais ! Ils avaient autant de goût pour l'art que les barbares en avaient pour la courtoisie. Non mais que je me considère comme une grande artiste, loin de là. Je n'étais qu'une peintre amatrice qui traînais ses toiles dans les rues dans l'espoir de pouvoir les vendre contre quelques piécettes. Mais j'étais venu à Londres, pour une raison. Acquérir, ici, la renommé qu'avait eu mon grand-père en Italie. Je voulais voler les cœur des anglais aux hollandais. Cependant, il était loin, mon rêve, quand je me voyais faire des pieds et des mains pour faire acheter, ne serait-ce qu'une toile, à un bourgeois de pacotille qui l'enfermerait dans une armoire. Je ne voulais pas que mes œuvres finissent, oubliées de tous, à croupir dans une vieille cave humide. Les voir suspendues dans quelques lieux de culture seraient ma plus grande fierté. Pour cela, j'étais prête à tout. Enfin, tout est un bien grand mot...

    Alors que je sifflotais toujours joyeusement pour tâcher de garder ma bonne humeur et affronter la bise frisquette qui remuait les pans de mon châle, je vis un homme suivi d'un autre s'approcher de mon petit stand de fortune. Fendant la foule, il se planta devant moi et examina mes toiles avec attention, ses yeux clairs coulant d'une peinture à l'autre. Je distinguais un vif intérêt dans ses prunelles, à moins que je ne m'imagines encore des choses. Richesse vêtu, son manteau de fourrure et ses habits avaient du coûter une petite fortune. A côté de lui, je me sentais comme un insecte disgracieux et ridicule. Peut-être n'étais-je pour lui qu'une bête de foire ? Lorsqu'il porta ses yeux sur moi durant une fraction de seconde, je lui répondis par un sourire poli malgré le tressautement de ma voix. Frigorifiée, j'oscillais d'avant en arrière, tantôt sur mes orteils, tantôt sur mes talons, pour faire circuler le sang dans mes jambes qui me semblaient aussi lourdes que des bûches.

    Lorsque sa voix brisa le silence qui nous séparait et supplanta le brouhaha de la foule ambiante, je fus comme piquée par une guêpe. J'ouvris de grands yeux surpris. Venait-il de me parler... en italien ? Depuis combien de temps n'avais-je pas entendu pas langue natale dans la bouche de quelqu'un d'autre que moi ? Cet homme était-il de mon beau pays ? Ou était-ce un noble féru de ma mère patrie ? Dans les deux cas, comment ne pouvait-il pas avoir reconnu l'hymne de la ville de Florence ? J'arrêtais de chanter pour m'esclaffer d'un petit rire mutin.

    _En Italie, bien entendu, lui répondis-je en italien et dans un sourire. Je vois que Monsieur parle notre si belle langue à la perfection et j'en suis agréablement surprise. Seriez-vous un amoureux du pays du grand Leonardo ?

    D'où large geste de bras, je balayais mes toiles pour les présenter à mon client potentiel.

    _Vous connaissez Florence, Monsieur ? Y êtes-vous déjà allé ? Si oui, vous reconnaîtrez certainement le Palazzo Vecchio et la cathédrale Santa Maria dei Fiore, lui dis-je en pointant du doigts les édifices peints sur la toile.

    L'adolescent qui le suivait était toujours dans son ombre et semblait veiller au grain. Je ne pus m'empêcher de me demander qui diable il était. Un homme de main ? Impossible, c'était encore un adolescent et le client semblait apte à se débrouiller seul. Un page ? Un neveu qu'il aurait emmené en promenade ? Probable. Je reportais mon attention sur l'acheteur qui méditait toujours. Il semblait être quelqu'un d'important. Je ne voulais pas risquer d'être trop rude ou impolie mais ce mystérieux inconnu avait bel et bien piqué ma curiosité. Et il n'en fallait pas beaucoup, pour m'intriguer. Alors, me mettre face à quelqu'un qui parlait avec le plus pur accent de mon pays avait de quoi me faire sourire.

    _Le plus bel endroit au monde, l'Italie... n'est ce pas ?

    J'avais envie de faire la conversation. J'avais envie de dérouler mon accent florentin qui, resté inutilisé depuis si longtemps, risquait d'être rouillé. Et enfin, j'avais envie de découvrir qui était mon interlocuteur. Je ressentais tout de même une petite appréhension à son égard. S'il venait, tout comme moi, de la ville des Médicis, il risquait d'avoir eu vent de la triste réputation de ma famille...

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MessageSujet: Re: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeDim 4 Aoû - 12:50

Fratelli d'Italia.



- En Italie, bien entendu. Je vois que Monsieur parle notre si belle langue à la perfection et j'en suis agréablement surprise. Seriez-vous un amoureux du pays du grand Leonardo ?

Effectivement, elle parlait sa langue, avec un fort accent florentin, qui plus est, et une petite intonation presque insolente qui amusa Lorenzaccio. Elle devait le prendre pour un simple noble anglais qui n’avait rien d’autre à faire que d’apprendre l’italien.

- Vous connaissez Florence, Monsieur ? Y êtes-vous déjà allé ? Si oui, vous reconnaîtrez certainement le Palazzo Vecchio et la cathédrale Santa Maria dei Fiore. Le plus bel endroit au monde, l'Italie... n'est ce pas ?

L’ambassadeur lui adressa un sourire. Oui, c’était vrai, leur pays était sans doute le plus bel endroit au monde, rien à voir avec l’Angleterre et sa grisaille. L’inconnue semblait avoir envie de lui faire la conversation, et cela tombait bien, car lui également. Et puis elle l’intriguait : que pouvait donc bien faire une petite florentine qui devait avoir à peine son âge à l’autre bout de l’Europe ?

- Bien sûr, j’y suis souvent allé pour rendre visite à des amis, les Médicis, peut-être les connaissez vous, vous qui semblez connaître tant de choses ?

Lorenzaccio lui jeta un sourire en coin, moqueur, tandis que ses yeux bleus pétillaient.  Il la provoquait gentiment, comme il faisait souvent, sans pour autant vouloir la blesser. Puis il se pencha sur la grande toile, et observa plus précisément un coin inférieur, afin de déchiffrer la signature qui y était apposée, et qui le renseignerait sur le nom de la jeune inconnue.

- Philippa… Joli prénom. Montechiaro, lut-il enfin.

Le jeune homme réfléchit un instant. Montechiaro, il avait déjà entendu parler de ce nom autrefois, lors d’une visite à Florence. Une famille plutôt connue, et noble, sans aucun doute, mais il n’en avait jamais rencontré aucun membre. Quand soudain, cela lui revint.

- Montechiaro ! s’exclama-t-il. La bâtarde de Botticelli et de la Vespucci a épousé un Montechiaro. Beaucoup de ragots courent sur votre famille, c’est donc là que j’en ai entendu parler. Vous ne pouvez pas être la bâtarde, vous être trop jeune. Seriez-vous sa fille ?

Lorenzaccio n’était pas homme à prendre des pincettes, et il avait débité tout cela sans même penser que Philippa pouvait se sentir blessée qu’on appelle sa mère « la bâtarde ».  Mais lui, on l’avait appelé comme cela toute sa vie, alors il avait fini par le prendre pour un qualificatif comme un autre. Sa naissance avait fait scandale, aussi bien à Naples, d’où provenaient les Carafa, et où ils régnaient en maîtres, qu’à Venise, où s’exerçait l’autorité de la famille de sa mère, les Donato. Gian Pietro Carafa et Giulia Donato s’étaient rencontrés dans la cité natale de sa mère, où son père avait du fuir à cause du Sacco di Roma. A l’époque, Giulia n’était pas encore mariée, quand elle tomba enceinte de Gian Pietro et mit au monde Lorenzo, un bâtard. Si sa naissance fit scandale, ce fut plus parce que cela rompit les fiançailles de Giulia que parce qu’un fils d’archevêque était né. Après tout, cela était monnaie commune.

- Pardonnez-moi si je vous ai offensée. Voyez-vous, je suis bâtard moi-même, Lorenzaccio Carafa, fils de Gian Pietro Carafa, qui siège aux côtés de son éminence le Pape. Pour vous servir, ajouta-t-il non sans une pointe mutine, tout en retirant son chapeau pour la saluer. Je suis romain, renseigna-t-il enfin, ce qui était toutefois perceptible à son accent.

Elle connaissait sans aucun doute son nom, les Carafa étaient connus pour être les maîtres de Naples, au même titre que les Médicis régnaient sur Florence. De plus, la famille possédait également une assez triste réputation, les Carafa étant tous des ambitieux, prêts à tout pour écraser leurs rivaux et triompher, quitte à se montrer cruels parfois. Et lui, Lorenzaccio, ne faisait rien pour arranger la chose, on lui avait d’ailleurs accordé ce charmant surnom pour ses frasques à Rome, où il avait bien souvent semé le trouble.

- Je vous achète celui-ci, déclara-t-il en désignant le vue de Florence. Et tous ceux que vous avez peint de la belle Italie, mais pas de portraits, j’ai horreur de décorer mes appartements avec d’autres visages que le mien.

Le brun délia la bourse qui pendait à sa ceinture, et en sortit quelques pièces d’or, qu’il déposa dans la paume de la belle italienne. Il fronça les sourcils en remarquant ses doigts bleuis par le froid, qui avait ouvert quelques plais dans sa peau.

- Mon Dieu, Philippa ! s’exclama-t-il en faisant mine de la gronder. Une artiste doit prendre soin de ses outils, ce serait dommage de gâcher tant de talent en ne portant pas de gants.

Il enleva les siens, et lui donna, pensant qu’elle en aurait plus besoin que lui. De toute façon, il ne pouvait résister à une jolie femme, et Philippa méritait bel et bien ce qualificatif, avec son joli visage de Madone brune.

- Et maintenant, poursuivit-il, permettez-moi de vous offrir un repas chaud dans une quelconque auberge, vous semblez transie de froid. Pas dans un de ces trous sombres et lugubres qu’ils osent appeler taverne, je vous rassure ! Allons, laissez tomber vos toiles, ce jeune homme que vous voyez se chargera de les apporter là où vous logez, lui assura-t-il pour la convaincre, en désignant son homme de main d’un petit geste nonchalant. Je suis certain que l’Italie vous manque autant qu’à moi, et le mieux pour y remédier serait d’en parler.

Une fois les toiles chargées dans la caisse en bois, le freluquet s’en saisit et attendit que Philippa lui donne son adresse.

- Et bien, qu’est-ce-que tu attends ? File, imbécile ! lui lança Lorenzaccio une fois que ce fut chose faite, en lui assenant une petite tape derrière la tête.

Le gamin partit sans demander son reste. L’ambassadeur se tourna alors vers sa compatriote, avec un sourire malicieux, et lui tendit son bras afin qu’elle le prenne. Voir un noble aussi richement habillé en compagnie d’une femme du peuple aux jupes rapiécées allait sans doute provoquer quelques moqueries sur leur passage tant cela était inhabituel. Mais qu’importe, des provocations, Lorenzaccio avait eu à en subir de bien pires et de bien plus nombreuses au cours de son enfance. Il s’y était simplement habitué.

- Ma chère Philippa, je vous enlève pour aujourd’hui !









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MessageSujet: Re: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeMar 27 Aoû - 20:16

    L'inconnu sourit. De ce sourire qui signifiait qu'il savait de quoi je parlais. Qu'il comprenait ce que je disais. A cet instant précis, je sus qu'il était, tout comme moi, italien. A la fois gênée de l'avoir confondu avec un noble anglais (les italiens avaient autrement plus de prestance, n'est ce pas ?) et ravie de me trouver face à un compatriote, je lui rendis son sourire. Ses yeux clairs semblaient amusés de ma petite fierté que je n'osais sortir que lorsqu'il s'agissait de mes toiles et de mon pays. Enfin, notre pays. Il devait probablement comprendre. Ses traits, en revanche, m'étaient inconnus. Un visage tel que le sien, s'il m'avait été donné de le croiser dans les rues bondées de Florence, aurait été gravé dans ma mémoire. Peut-être même lui aurais-je offert un portrait de lui contre quelques pièces. Il avait ce profil noble qu'on les grands de ce monde et un teint pâle, comparable aux plus fines de porcelaine. La simple couleur de sa peau indiquait immédiatement son appartenance aux plus hautes classes sociales. Pour ma part, j'ai hérité de la carnation laiteuse de Mère qui, malgré tout ce que l'on peut dire sur elle, est bel et bien une noble. Cependant, mes nombreuses heures à travailler sous le soleil italien ont eues tendance à colorer légèrement ma peau. Enfin, les traces de l'astre du jour avaient bien vite disparues avec mon arrivée à Londres où je ne connaissais que grisaille et timide beau temps. Les cheveux sombres de mon interlocuteur encadraient son visage anguleux et faisaient ressortir l'éclat bleu de ses prunelles vives. Rectification. Je lui aurais offert de lui faire un portrait.

    Sa langue se délia lorsqu'il me parla des Médicis. Ses amis, disait-il ? Se jouait-il de moi ? Ses lèvres narquoises m'indiquaient qu'il se moquait bien de moi. Comment ne pouvais-je pas connaître la famille royale florentine ? Alors que j'étais encore enfant, mon rêve avait été de travailler pour eux. Tracer au fusain les visages de ces si nobles personnes. Mais enfin, ils étaient inaccessibles et j'avais du me faire une raison. Je connaissais un apothicaire qui confectionnait des parfums spécialement pour eux, mais c'était tout. Et cet inconnu prétendait que lui et eux étaient proches ? Qui diable était-il ?

    _Je n'ai pas besoin de beaucoup de connaissances pour savoir qui sont les Médicis, sir, lui répondis-je rapidement, piquée au vif.

    Je ravalais ma fougue. Bien que le sang chaud du sud circule dans mes veines, je ne m'emportais pas facilement. Je ne savais d'ailleurs d'où je tirais toute cette impertinence. Je n'allais pas me laisser déstabilisée pour une simple petite provocation. Je me radoucis. Les yeux plissés de l'homme tombèrent sur ma signature, au coin inférieur de la toile représentant Florence. Lorsqu'il prononça mon prénom, je restais muette, coite de stupeur. Seigneur, mon nom de famille. Lui qui semblait si au courant des histoires italienne avait surement dû entendre mon patronyme résonner à ses oreilles. Quel déshonneur ! Enfin, j'étais habituée aux sobriquets, aux regards en coin et aux crachats injurieux. Cela ne m'atteignait plus depuis bien longtemps. Cependant, en Angleterre, j'avais cru échapper à cela. Mais voilà que tout cela allait me retomber sur le coin de la figure ! Je baissais les yeux. Après quelques secondes de réflexion, l'inconnu sembla malheureusement se souvenir de ma famille. Je n'avais aucunement honte du nom Montechiaro. Je n'aimais simplement pas comment les gens qualifiaient ma mère. Ils pouvaient bien m'appeler comme il le souhaitait mais ma mère ne méritait rien de tous ces qualificatifs déshonorants.

    Le plus étonnant vint ensuite. Lorsqu'il me révéla, désinvolte, qu'il était le fils bâtard d'un cardinal. Un Carafa Il m'avouait cela sans complexe, sans même une once de honte. Je le regardais avec de grands yeux écarquillés. J'avais envie de lui répondre que moi, j'étais la Reine d'Angleterre, mais il disait vrai. Qui oserait se vanter d'être un enfant illégitime ? D'un Carafa, qui plus est ? A moins qu'il ne craigne pas de croupir toute sa vie dans une prison malodorante. De plus, je connaissais cette sombre histoire de fiançailles brisées à cause d'un de ces maîtres de Naples. En fait, ce Lorenzaccio Carafa ressemblait un peu à Mère.

    _C-Carafa ? Balbutiais-je. Pardonnez-moi mon impolitesse, je ne savais pas qui vous étiez...

    Je me courbais maladroitement, histoire de lui servir une petite révérence. J'avais été stupide d'avoir osé lui parler sur ce ton. Je regrettais instantanément mes sottes paroles. Cela m'apprendrait à tourner sept fois la langue dans ma bouche. Prête à me confondre en excuses, je fus surprise lorsqu'il ordonna à son compagnon d'empaqueter tous mes paysages italiens. Déposant quelques pièces dorés aux creux de ma paume, il s'emporta soudainement devant l'état de mes mains. Qu'avaient-ils donc, mes doigts ? Ils étaient bleuies et engourdis par le froid mais cela était normal, après tout. Il me donna ses gants. De velours noirs, ils étaient incroyablement doux. Et ils avaient l'air si chaud... Je ne pouvais décemment pas les accepter. Lui, qu'allait-il porter ? Il allait se geler les mains ! Mes mains salies tacheraient un si beau tissu... Cependant, si je les refusais... Il allait probablement se sentir offensé. S'offusquerait-il ? Je l'avais peut-être déjà froissé en osant tenir un discours de la façon dont je l'avais fait.

    _Je ne saurais comment... Comment vous remercier... C'est trop aimable de votre part, murmurais-je en un souffle alors que j'enfilais les gants.

    Je me sentis de suite mieux. Je frottais vigoureusement mes paumes entre elles pour me réchauffer. Il me proposa de déjeuner avec lui. Enfin, il m'ordonnait de déjeuner avec lui.

    _Je ne puis vous laisser m'inviter, m'opposais-je d'une petite voix. Je ne puis vous laisser m'offrir vos gants et un repas chaud.

    Là encore, je faisais peut-être un faux pas, mais tout de même. En tant qu'italienne, j'avais ma petite fierté. Il m'achetait la majeur partie de mes toiles, me donnait de quoi me réchauffer et me remplir l'estomac ? Me prenait-il en pitié ? Je n'avais aucunement besoin d'une âme charitable. Je gagnais mon argent honnêtement. Eh puis, je n'étais pas à plaindre. J'avais de quoi me loger, manger et je travaillais pour une auberge renommée. Je donnais d'ailleurs mon adresse à l'adolescent pour qu'il y porte les peintures restantes. Le fils Carafa n'y allait pas dans la douceur avec lui et je lui offris un regard plein de compassion. Le nom du Majestic Rose n'avait surement pas de quoi impressionner Lorenzaccio Carafa, lui qui devait être habitué aux fastes des palais royaux, mais enfin, j'avais un adresse.

    Il me tendit son bras. Encore une fois, je restais immobile, incapable du moindre mouvement. Bien sûr, j'avais envie de discuter avec cet homme. L'Italie me manquait tellement... Mais enfin, que se passait-il du quand dira-t-on ? Nous étions en plein jour de marché, les rues étaient pleines de monde... Nous ne passerions pas inaperçus. Le noble fils d'un cardinal et une petite vendeuse de pacotille aux origines troubles. Je ne voulais pas passer pour ce genre de femme. Mais ensuite, si je refusais son bras, ne jaserait-on pas encore plus ?

    Je finis par attraper son coude après un temps de réflexion plus qu'honorable. Au diable le regard du monde ! J'en avais souffert toute ma vie. J'avais simplement besoin de renouer avec mon pays. Ne pouvais-je pas faire ce que je souhaitais, pour une fois ? Le rouge au joue, surprise de ma soudaine audace, je levais les yeux vers le romain avant de marmotter en italien.

    _Ma réputation n'était pas au beau fixe à Florence alors, peut importe ce qu'il en adviendra ici.

    Je toussotais, chassant le froid de mes poumons.

    _Une nouvelle fois, vous ne savez pas à quel point je vous suis redevable. Mais par pitié, sachez que je gagne mon argent honnêtement et que je peux me nourrir par mes propres moyens. Je n'ai nullement besoin de votre compassion.

    Mon ton avait semblé plus sévère que ce que j'avais voulu. Je me maudis mentalement.

    _Je ne voulais pas vous sembler rude, mon seigneur. Veuillez me pardonnez. J'accepte votre invitation avec joie, bien sûr. Se sont juste des choses qui... des manières auxquelles je ne suis pas habituées.

    Je m'empourprais de plus belle devant mes vaines explications. Allais-je enfin réussir à me faire comprendre ? A prononcer clairement les mots sans que ma voix de tremble comme celle d'une enfant ? Dernière question : où diable allait m'emmener Lorenzaccio Carafa, fils bâtard du cardinal Carafa de Naples ?



Dernière édition par Philippa Montechiaro le Dim 20 Oct - 18:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeSam 5 Oct - 15:34

Fratelli d'Italia.



La petite Philippa l’amusait fort, décidément. S’étant tout d’abord mis dans la tête de refuser son invitation, elle venait tout de même de prendre le bras que Lorenzo lui offrait, rougissant comme une enfant, précisant tout de même qu’elle se moquait bien de sa réputation à Londres, ce qui ne manqua pas de faire sourire son interlocuteur.

- Allons, Philippa, personne ne nous connaît ici, et aucun romain, ni aucune florentine ne peut avoir de comptes à rendre à un anglais.

La demoiselle continua en lui assurant qu’elle pouvait subvenir à ses besoins seule, le sermonnant presque sur sa prétendue compassion, chose dont tous les Carafa étaient dépourvus, bien évidement. Si le jeune italien proposait à sa compatriote d’aller déjeuner en sa compagnie, ce n’était nullement par pitié, mais tout simplement pour entendre sa langue maternelle, et parce que cette jolie jeune fille l’attendrissait également, tentant de faire preuve de bonnes manières auxquelles elle n’était apparemment pas habituée. Fait dont Lorenzaccio n’avait cure, de son point de vue, les bonnes manières, surtout poussée à l’extrême, n’étaient qu’un masque dont se revêtaient les nobles afin de dissimuler leur réelle grossièreté. Lui-même en faisait usage avec un certain cynisme et beaucoup d’ironie, s’appliquant à être poli avec tous ceux qui croisaient sa route. A Rome, où tous connaissaient son véritable tempérament, on se méfiait de cet excès d’attentions, mais en Angleterre, il passait bien souvent pour un homme d’une grande éducation et d’un raffinement remarquable à la Cour. Nul n’est prophète en son pays, aimait-on à dire, pourtant, c’était plutôt à l’étranger que Lorenzo se trouvait mal jugé.

- « Mon seigneur », répéta l’italien en levant les yeux au ciel. Je ne suis pas votre seigneur, je vous prierai donc de m’appeller Lorenzo, Philippa. Ou bien Lorenzaccio, puisqu’il paraît que je mérite ce sobriquet pour le moins flatteur, reprit-il avec un sourire ironique. Vous pouvez même me surnommer Renzo, si cela vous amuse.

L’ambassadeur ne souhaitait pas se placer dans une position de supériorité par rapport à la belle florentine, mais simplement pouvoir lui parler d’égal à égal. Après tout, si elle lui semblait plus jeune et se trouvait être moins riche, elle semblait en savoir long sur la vie, et à son âge, elle avait déjà pris l’initiative de quitter son pays afin de gagner elle-même son pain, ce qui en apprenait beaucoup sur son caractère. Si l’on disait volontiers que pierre qui roule n’amasse pas mousse, il en allait manifestement autrement pour Philippa, avec qui il devait être fort agréable de deviser, comme avec tout voyageur (et dans le cas présent, voyageuse).

Alors que les deux italiens déambulaient côte à côte, une question taraudait toujours l’esprit du romain : pourquoi diable Philippa avait-elle quitté le Soleil de la Toscane pour venir traîner ses jupes dans la boue de la capitale anglaise ? Elle semblait attachée à sa patrie, l’avait-on poussée à partir ? Ou bien était-ce à cause des ragots qui couraient sur les Montechiaro ? Cela semblait peu probable, elle lui avait elle-même affirmé se moquer de sa réputation, et il lui aurait suffit d’aller s’exiler dans une autre partie de l’Italie, pas à l’autre bout de l’Europe, alors pourquoi ? L’idée que cela avait un rapport avec son art effleura soudain le jeune homme. Il ne put alors s’empêcher d’éprouver de l’admiration pour elle, si frêle et si délicate qu’elle s’envolerait sans doute si le vent se faisait trop fort, et qui avait pourtant décidé de s’exiler dans un pays dont elle ne maîtrisait sans doute pas bien la langue, et seule qui plus est.  Mais il y avait cette étincelle dans ses yeux bruns qui ne laissait aucun doute quant à sa détermination, et son caractère, et qui, même si il ne l’avouerait jamais, impressionnait le romain.

- On jase sur notre passage, lui glissa-t-il soudain, ayant repéré quelques coups d’oeils indiscrets.

De bonne humeur, il rit joyeusement en constatant la gêne de sa compagne. Pour sa part, il se serait bien exhibé avec elle en plein dans la chapelle Sixtine, rien que pour pouvoir plaquer l’air réprobateur qu’affichaient les bourgeois anglais qu’ils croisaient sur la face ridée du Saint Père, et des cardinaux. L’idée lui sembla tellement bonne qu’il se dit qu’il faudrait qu’il essaie, dés son retour chez lui. Soudain, en pensant à sa patrie, à la chaleur de Rome, à son ambiance et à sa beauté, il fut pris de mélancolie.

- Rome est si loin, soupira-t-il. Regardez ce ciel gris, comment imaginer qu’il s’agit du même firmament que le bleu que l’on peut admirer l’été, chez nous ?

Y penser le torturait. Quand reverrait-il la Cité éternelle ? S’il lui fallait attendre que rien ne le force plus à rester à Londres, cela revenait à patienter jusqu’à la mort de son père. Or, le bonhomme avait beau être vieux, il était tenace, et n’hésiterait sans doute pas à faire assassiner son fils si jamais il lui prenait l’envie de lui désobéir et de revenir semer le trouble à Rome. Sa famille n’était pas tendre, c’était le moins qu’on puisse dire.

- Même si je n’y suis pas le bienvenu, Rome me manque affreusement, confessa-t-il. En est-il de même pour vous ?

Tout en conversant, les italiens étaient maintenant parvenus devant une auberge à l’allure tout à fait correcte. Philippa avait beau ne pas être une dame de la Cour, Lorenzo ne se serait pas permis de l’emmener dans un de ces trous à soûlards qu’il fréquentait souvent à des heures indues. Celle-ci semblait plutôt être un repère à bourgeois en tout genre, ce qu’un rapide coup d’oeil dans la salle confirma. En repoussant la porte, Lorenzo ne put s’empêcher de lâcher un petit soupire de soulagement : enfin il faisait chaud, et il n’hésita pas à demander la table la plus proche de la cheminée dans laquelle crépitait un grand feu à la tenancière venue les accueillir. Ils formaient un couple bien excentrique, lui avec son énorme manteau de fourrure qui témoignait de son côté frileux, et elle avec ses jupons rapiécés. Mais il faisait assez sombre dans l’auberge pour qu’ils passent inaperçus, et après tout, ne disait-on pas que la nuit, tous les chats sont gris ?

- Me révélerez-vous ce que vous pensez trouver de si important en Angleterre pour avoir quitté notre mère l’Italie ?

Lorenzo coula un regard malicieux à Philippa : après tout, il n’était pas homme à prendre des gants.






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MessageSujet: Re: Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia  Lorenzaccio & Philippa ❈ Fratelli d'Italia Icon_minitimeVen 25 Oct - 15:31


Fratelli d'Italia








Lorsque la journée avait commencé, rien ni personne n’aurait pu me faire croire que j’allais rencontrer quelqu’un comme Lorenzaccio Carafa. Si on me l’avait dit, j’aurais probablement rit au nez du prétentieux petit menteur en lui demandant d’où il tenait pareilles foutaises. Or, voilà où j’étais, sur mon lieu de travail vidé de toutes mes peintures, emportées au Majestic Rose sur les ordres du fils bâtard du cardinal de Naples. Je portais ses gants et il m’invitait à un déjeuner. Un peu abasourdie, j’avais accepté l’invitation, toujours sous le choc de ma rencontre impromptue. Et dire que je m’étais imaginée passer une journée tout à fait normale et ordinaire... D’ailleurs, peut-être que les surprises n’étaient pas finies... Jamais deux sans trois, l’imprévu pouvait jaillir de n’importe quelle rue et me surprendre. Je sentais son regard moqueur et narquois alors que je saisissais son bras pour qu’il me conduise vers cette taverne, ce bistrot où Dieu seul savait où il voulait m’entraîner. Avec lui, je ne savais pas vraiment sur quel pied danser. Quand la situation me dépassait, je redevenais une enfant, à balbutier et à bégayer, ne sachant plus quoi dire. Pour dire vrai, la situation me dépassait souvent. Je n’étais qu’une petite personne sans réelle influence. Non pas que cela me déplaise, mais quelque fois, j’aurais aimé pouvoir jouer de la voix et avoir une répartie implacable, au lieu de simplement rester muette comme une carpe ou à déblatérer des imbécilités. Au moins, je semblais faire rire Lorenzaccio. C’était toujours mieux que de le faire pleurer ou de l’importuner... Mais enfin, je doutais que mon pouvoir sur lui puisse l’amener aux larmes. Je me demandais d’ailleurs si ce... genre de personne était même capable d’éprouver la moindre émotion. Lorsque je vivais encore à Florence, c’était mieux eux, ces nobles imbus d’eux-même qui me crachaient dessus quand je passais sous leurs yeux. A quoi cela leur servait-il ? Se galvaniser de leur propre puissance ? Ne ressentaient-ils donc aucun remords, aucune culpabilité ? Mon comparse italien semblait, pour sa part, posséder un coeur. Mais la nuit, tous les chats sont gris, et je ne doutais pas qu’il était capable de manipulations. Dans son milieu, un être naïf avait de grandes chances de mourir prématurément, par inadvertance. S’il se cachait derrière un masque, j’espérais simplement que cela ne serait pas à mes dépends.

_Oh, nous savons tous très bien qu’un italien vaudra toujours mieux que dix anglais, souris-je poliment.

En flattant ma patrie, j’avais l’impression de ma flatter moi-même, indirectement. J’avais ce sentiment de fierté qui me faisait lever le menton, comme une de ces reines des temps anciens toisant leur peuple. Cependant, à la différence de ces nobles dames, je ne pus rester impassible lorsque le jeune homme me proposa de l’appeler Renzo. C’était si... si grotesque ! Comment pourrais-je me permettre d’appeler quelqu’un dont le nom était Carafa avec ce surnom ? Les petites appellations étaient réservées aux couples, à la famille, aux amis proches... Or, je n’étais et ne serais jamais rien de tout cela pour le sieur Carafa. J’aurais l’impression d’être d’une impolitesse désastreuse. Enfin, puisque tout ceci ressemblait à une farce plus grosse que moi et que mon compagnon semblait se ficher comme d’une guigne des apparences et des convenances, je me pliais à son bon vouloir.

_Alors... Renzo, je vous prierais également de m’appeler Pippa, comme l’heure semble être celle des surnoms.

Je dissimulais une grimace lorsque j’eu prononcé le sobriquet. Renzo. Cela sonnait si faux dans ma bouche ! Il pouvait toujours m’appeler Pippa, cela ne me dérangeait pas. Seule mes parents et ma nourrice m’appelaient ainsi. Et c’était toujours mieux que « la bâtarde ».

A marcher dans les rues tel que nous le faisions, nous devions offrir un drôle de tableau aux passants dont les yeux nous dévisageaient. Lui offrait l’image d’un bel homme riche, habillé de riche parure, souriant à souhait et parfaitement à l’aise, alors que moi, petite, frêle et vêtue de haillons, je devais faire peine à voir. Un couple éclectique. Je tâchais de dissimuler ma gêne en baissant les yeux. Mes chaussures ne m’avaient jamais parues aussi intéressantes. Oh, il faudrait que je recouse la semelle, par ailleurs.

_Les bonnes habitudes ne changent pas... marmottais-je. J’entends déjà les langues de vipère se délier. Le venin anglais n’est guère différent de celui italien.

Un silence dénué de toute pesanteur s’installa alors que nous cheminions dans la saleté londonienne. Pouvais-je réellement faire confiance à cet homme ? Je ne le connaissais ni d’Eve, ni d’Adam et j’avais accepté son bras sans y réfléchir à deux fois. Ma gouvernante m’aurait traitée de petite idiote. Et elle aurait eu bien raison. Par Saint George, peut-être était-il en train de m’entraîner dans une sombre ruelle pour effectuer sa sale besogne ? Et moi, comme une gourde, je le suivais en toute quiétude ! Finalement, ce silence était plutôt pesant. Il sembla réfléchir. Réfléchir à quoi ? Comment se débarrasser de mon corps ? Je lâchais un hoquet de surprise lorsqu’il parla sans vraiment attendre de réponse, la tête dans les nuages. Je déglutis

_Difficile à croire, n’est ce pas ? On pourrait penser que le soleil a décidé de prendre ses jambes à son cou pour fuir l’Angleterre et pour rester briller au-dessus de notre belle terre et nourrir nos oliviers de sa chaleur...

Il enchaîna, toujours aussi distrait. Ainsi, il n’était pas le bienvenue à Rome ? Pourquoi cela ? Je ne connaissais pas vraiment les Carafa, mais j’avais eu vent de leur réputation pour le moins sulfureuse. Mais je n’étais pas femme à juger sur les « on dit que ». Cela serait le comble, tout de même. Je n’osais cependant pas lui poser la question de son exil.

Je fus pour le moins rassurée quand nous nous arrêtâmes devant une auberge. Il ne prévoyait donc pas de ma jeter dans la Tamise. J’étais probablement -surement- un peu paranoïaque et suspicieuse, mais on n’était jamais trop prudente. En particulier avec les bourgeois et les nobles. Surtout lorsqu’ils se croyaient tout permis. Ce repas serait peut-être agréable, finalement. Je bénis mentalement Lorenzaccio qui demanda la table la plus proche de l’âtre. Je grelottais comme une vieille femme et je n’avais qu’une envie : me faire rôtir près d’un feu. Alors que nous nous installions, sa question me prit de court. Le faisait-il exprès ? Oh, il semblait réellement s’amuser de me voir mal à l’aise.

_J’étais la future promise du bon roi Henri VIII, chuchotais-je sur le ton de la confidence. Mais il semblerait qu’il ait passé l’arme à gauche alors même que je posais les pieds sur le sol anglais. La faute à pas de chance, comme on dit.

Je feignais de lancer de petits regards circonspects autour de moi avant de m’esclaffer, tout aussi discrètement.

_Plus sérieusement, mon sei- Renzo, réctifiais-je, je suis peintre. Enfin, j’aime m’appeler ainsi, je ne peux pas vraiment dire que j’en suis une. Je ne suis encore qu’une petite débutante, une apprentie. Mais vous avez dû constater que des artistes, l’Italie en regorge. Des personnes face auxquelles je ne fais et de ferrais jamais le poids. De plus, je suis une femme et issue d’une famille à la réputation douteuse. Une âme aussi géniale que charitable m’a conseillée de partir en Angleterre. Vous devez certainement savoir que les peintres officiels de la famille royale sont hollandais.

J’avais prononcé le dernier mot comme s’il eut s’agit d’une terrible abomination. Ce qui n’était pas tout à fait faut. En Italie, nous considérions les artistes du Nord comme de petits dessinateurs sans envergure, s’amusant encore avec leurs doigts dans des pots de peintures.

_Alors, je me suis laissée convaincre. C’est peut-être très, trop ambitieux de ma part, mais j’aimerais faire découvrir l’art italien aux anglais. Leur apprendre un peu le raffinement. Ou, du moins, leur en donner l’esquisse. Je suis loin d’être un maître, mais peut-être en inspirerais-je d’autre.

Je méditais mes propres paroles et tandis mes mains, encore gantées, près des flammes. Un frisson agréable me fit frissonner. Je retirais les gants et les déposais sur la table, juste en face de mon compagnon.

_Merci pour ceci. Vous m’avez évité quelques engelures. Ou même la perte de quelques doigts.

Etrangement, l’atmosphère confinée et chaleureuse de l’auberge m’insufflait une sorte de courage qui inhibait ma gêne première. Je me sentais en confiance avec cet homme que je ne connaissais pourtant pas.

_Si je puis me permettre, monsieur, que vous a-t-il attiré ici ? Je doute que vous soyez l’ancienne promise d’Henri VIII.

Je lui avais raconté ma petite histoire. J’espérais qu’il en fasse de même. Si cela la dérangeait, il n’aurait qu’à m’en faire part. Ou me jeter dehors. Cela ne le dérangerait absolument pas.

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